À toutes les échelles de la ville, la protection contre la malveillance et les violences urbaines aussi bien que la lutte contre le terrorisme, pèse sur l’aménagement des lieux. La tragédie du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, suivie des attentats de Madrid et de Londres, ont donné à cette préoccupation une nouvelle légitimité. L’impact de ces événements fut d’autant plus grand qu’ils s’inscrivaient dans un contexte de fracture urbaine déjà largement généralisée. « La ville se défait » écrivait Jacques Donzelot en 1999, prenant acte de la désincorporation de la ville, à la fois sur le plan spatial et politique. Ces divisions concernent, semble-t-il, la planète entière : les villes les plus riches disposent de quartiers de relégation, tandis qu’à l’inverse, la plupart des villes du tiers-monde possèdent leurs quartiers d’affaire high-tech. « Partout, les riches se protègent des pauvres », nous disait déjà G. Shabbir Cheema en 1993. L’internationalisation des préoccupations de sûreté n’a fait que se poursuivre depuis. C’est ainsi que l’ensemble des espaces urbains se transforment aujourd’hui selon des principes réservés jusque-là aux lieux les plus exposés – aéroports ou banques. Des dispositifs mis en œuvre pour répondre à des situations exceptionnelles, que ce soit dans le temps ou dans l’espace – codes, sas, double sas ou postes d’inspection-filtrage, … – se banalisent et conditionnent l’accès à un nombre de plus en plus importants de lieux urbains, qu’ils soient publics ou privés. Les infrastructures du tourisme s’organisent partout selon les mêmes modalités de lutte contre le terrorisme ; les espaces de communication et de transport font partout l’objet d’un contrôle et d’une surveillance accrue ; les lieux ouverts au public deviennent, de plus en plus, des espaces protégés. La sûreté est en train d’envahir tous nos paysages au point de conditionner aujourd’hui les modes de fabrication de la plupart des lieux urbains. Aucun aménagement ou réaménagement n’est désormais envisagé sans tenir compte de cette question.
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La délinquance, dans l’histoire des villes, aura eu ses acteurs, ses scènes et sa littérature, du réalisme au roman noir. Ce paysage et ces représentations se reconnaissent à peine dans la trame des villes contemporaines. L’insécurité n’est plus le propre de quelques rues désertes ou de quartiers mal famés. Les espaces les plus fréquentés sont aujourd’hui les plus suspectés. De sorte que de nombreux lieux urbains, autrefois réputés les plus sûrs, sont devenus les laboratoires les plus aboutis des nouvelles modalités de sécurisation. Qu’il s’agisse de places de centre-ville, de galeries commerciales, d’équipements sportifs, d’infrastructures de loisir ou de transports publics, de subtils dispositifs destinés à séparer les publics et les usagers ont déjà envahi le champ de la conception des espaces. Le passage d’un urbanisme de l’intervention à celui du renseignement, la transition d’une sécurité duale à une sécurité diffuse, la marginalisation des dispositifs séparatifs, l’essor de mesures conservatoires ou évolutives, l’effacement des aménagements derrière les formes codifiées des usages, sont autant de phénomènes qui affectent la construction comme la pratique des espaces urbains. Ces dispositifs ne sont ni négociés ni discutés par les acteurs de la construction et de la sûreté. Ils fonctionnent aujourd’hui comme des éléments implicites des projets, préfigurant, de fait, la mise en place d’une norme sur la prise en compte de la sûreté dans les projets d’urbanisme, d’aménagement et de construction.
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mars 10, 2008 à 7:40
quel talent!